Orléans est-il vraiment un désert médical ?

Docteur utilisant un téléphone

En cette période de forte tension sanitaire liée à la Covid, l’occasion est donnée de se pencher sur le fameux désert médical d’Orléans dont on entends souvent parler. J’ai voulu savoir sur quoi reposait cette assertion en regardant de plus près els chiffres et statistiques officielles.

Qu’est ce qu’un désert médical ?

La France ne manque globalement pas de médecins. Avec 334 médecins pour 100 000 habitants (selon l’Insee), la France n’est pas dans une situation critique fixée à 250 médecins pour 100 000 habitants. C’est quand on se penche sur chaque région que le bat blesse. La France compte en effet de nombreux déserts médicaux, c’est-à-dire des territoires où l’offre médicale est insuffisante pour répondre aux besoins de la population.

Le ministère de la Santé considère qu’un territoire est un désert médical quand la densité de médecins par rapport à la population est de 30 % inférieure à la moyenne nationale.

Une priorité électorale pour l’ancien Maire d’Orléans

Pour Olivier Carré, maire sortant de Orléans, le désertification médicale de la ville était d’ailleurs une priorité. Il en fait une ligne directrice de son programme électoral en déclarant ainsi « Je veux que dans six ans, chaque Orléanais ait un médecin référent ».

Après une étude empirique – relatée dans cet article de la République du Centre – qui a consisté à passer un coup de fil dans chaque cabinet médical d’Orléans, Olivier Carré, alors maire, évalue à une quarantaine le nombre de médecins manquant à Orléans au vu de la population. La ville compte 70 généralistes alors qu’il en faudrait 110 pour être dans la norme nationale. Nous sommes alors en 2018.

Hélas, déjà en 2018, la situation ne semblait pas en voie d’amélioration.

Et l’article de la Rep de préciser une démographie bien défavorable : « En région Centre-Val de Loire, les médecins généralistes sont passés de 91 pour 100.000 habitants en 2012 à 85 en 2016, dont 55 % ont plus de 55 ans, et de 73 spécialistes à 70, dont 58% ont plus de 55 ans. »

La métropole a d’ailleurs lancé une campagne de communication de près de 70.000 euros pour tenter d’attirer les médecins dans la région. la campagne de pub se décline en affiches 4 x 3 dans le métro ou en spot TV, voir ci-dessous. Elle met en avant la qualité de vie de la région et un bassin de recherche scientifique qui est un atout indéniable.

Un désert médical à l’échelle de la région Centre-Val de Loire

En réalité, le désert médical Orléanais ne semble pas être une exception. C’est toute la région Centre qui est concernée.

Selon la dernière étude de la DREES, près de 3,8 millions de Français vivaient dans un désert médical en 2018. Les régions les plus touchées étaient l’Ile-de-France, le Centre-Val de Loire et les territoires ultramarins.

En se basant sur un indicateur créé pour l’occasion, l’Accessibilité potentielle localisée (APL), on constate que médecins, mais aussi infirmiers libéraux, sages-femmes et kinésithérapeutes manquent en région Centre-Val de Loire. L’APL est un indicateur local de densité flottante au niveau de chaque commune, qui tient compte de l’offre et de la demande issues des communes environnantes

En région Centre-Val de Loire, 12,3 % de la population vit dans une zone sous-dense. Le nombre de généralistes y a diminué de 5,8 % entre 2015 et 2018 alors que le nombre d’habitants a, lui, enregistré une hausse. L’effet ciseau est redoutable.

Autres professions de santé en tension : kinés, hypnothérapeutes…

Les médecins généralistes ne sont pas les seuls professionnels à manquer sur la région orléanaise. On déplore également un manque de sages-femmes et de kinésithérapeutes sur la région comme le rapporte l’article cité plus haut.

Autre profession en tension : les hypnothérapeutes. Bien que Orléans dispose d’une école de formation, le nombre de praticiens en hypnose en encore en tension. (NDLR : on nous demande en commentaires de faire le rapport entre désert médical et hypnose, pourtant les deux approches sont souvent complémentaires.

Voir l’article : j’ai testé une séance d’hypnose à Orléans

En conclusion

On estime à une cinquantaine le nombre de postes de médecins nécessaires pour permettre à Orléans de sortir de la zone rouge. Peut-être est-il possible de faire un parallèle entre l’image de la ville à l’échelle nationale, sa notoriété pour expliquer ce manque. La raison profonde ce ce déficit réside probablement plutôt dans le fait que la ville ne dispose pas d’un Centre Hospitalier Universitaire (CHU) contrairement à Tours. Les jeunes médecins préfèrent logiquement s’installer sur place.