Nicolas Pinsard est le fondateur d'Unylove, une agence de rencontre humaine basée près de Châteaudun. Ancien commercial, il a passé six ans en célibat, une période pendant laquelle il a testé applications, speed dating et agences matrimoniales. De ce parcours est née l'envie de créer une alternative plus humaine.
Entre Chartres et Orléans, il a notamment expérimenté les speed dating dans les deux villes, « comme je suis entre les deux, je pouvais naviguer entre les deux ». Sa méthode repose sur un test de personnalité et sur un agent dédié qui accompagne chaque client.
Six ans de célibat et un déclic
— Pourquoi avez-vous créé une agence de rencontre après six ans de célibat ?
J'ai une formation de commercial, donc parler avec des inconnus, ça ne me dérange pas. Mais quand je me suis retrouvé célibataire au moment de l'essor des applications, je me suis rendu compte que ce n'était plus du tout les mêmes règles du jeu. J'ai eu très peu de rendez-vous, et je me suis dit que pour des gens moins à l'aise que moi, ça devait être encore plus compliqué.
J'ai alors essayé les speed dating, puis les agences matrimoniales, et j'ai constaté un manque sur le marché de la rencontre. Une amie m'a aussi parlé d'une idée d'application épistolaire, et en creusant, j'ai vu qu'il y avait un vrai marché à prendre. C'est ainsi qu'Unylove est née.
— Qu'avez-vous constaté sur les applications de rencontre ?
Les applications ne fonctionnent pas comme dans la vraie vie. Elles sont basées principalement sur les photos : si la photo ne plaît pas, c'est next. Et même quand on a un retour, aborder par message, c'est une autre manière de communiquer que je ne connaissais pas. J'ai été confronté à de réelles difficultés.
On est tous mis dans un brouillard, et ça ne marche pas très bien. Les gens qui passent trois heures par jour à la salle de sport ont un peu plus de chances, mais pour les autres, c'est très compliqué de se démarquer.
Speed dating et agences matrimoniales
— Qu'avez-vous retenu des speed dating à Chartres et Orléans ?
J'ai essayé sur Chartres et Orléans, comme je suis entre les deux, je pouvais naviguer entre les deux. Mais déjà, les speed dating sont souvent annulés par manque de participants, car il y a très peu de communication. Ensuite, les tranches d'âge ne sont pas toujours respectées.
L'exercice est délicat : c'est se faire une bonne idée de quelqu'un en dix minutes top chrono. Se rendre intéressant en dix minutes, ce n'est pas simple. Je n'ai pas eu de retour sur ces rendez-vous.
— Comment avez-vous vécu les agences matrimoniales que vous avez rencontrées ?
Je ne fais pas une généralité, mais dans les trois agences que j'ai rencontrées, ça s'est passé comme ça. On m'a posé quelques questions, c'était très vague. Au niveau du contrat, c'était presque flou, et c'était très cher.
La seule garantie, c'est qu'on va nous proposer des profils sur le seul feeling du conseiller qu'on a en face. J'ai trouvé ça très limite. Mettre cet argent avec pour seule garantie le feeling de la personne en face, je n'ai pas pu.
La méthode Unylove
— Comment fonctionne le questionnaire et le test de personnalité avant un premier rendez-vous ?
D'abord, le client remplit un questionnaire très complet, plus de 150 questions, sur ses activités, ses passions, et la personne qu'il souhaite rencontrer. Ensuite, il passe un test de personnalité. Les deux cumulés forment la base des profils qu'on va lui proposer.
Il faut compter entre une heure et une heure et demie pour tout remplir. Lors du rendez-vous avec l'agent, on décortique les réponses pour apprendre à connaître le client. Notre engagement, c'est de proposer des rendez-vous uniquement avec les trois personnalités les plus compatibles sur les seize décrites par le test, pour construire une relation durable.
— Pourquoi proposez-vous des profils sans photo ?
Le physique et les critères physiques sont subjectifs. On ne veut pas s'immiscer dans cette subjectivité, ni se mettre à la place du client. On ne veut pas se dire qu'on est des cupidons, ce n'est pas notre rôle.
C'est toujours le client qui a le choix. Il peut accepter ou refuser un rendez-vous, et il n'y a aucune limite dans les refus. Notre mission, c'est de lui trouver quelqu'un qui lui correspond, mais ce sont les deux personnes qui se découvrent au rendez-vous.
— Comment l'agent transmet-il la réponse après chaque rendez-vous ?
Il y a une appréhension très importante à la fin d'un date : la question « qu'est-ce qu'on fait, on se revoit ? ». Nous, on la retire. Les clients n'en parlent pas entre eux, c'est à leur agent qu'ils en parlent.
L'agent va ensuite vers chaque personne pour dire : il a choisi d'aller plus loin et souhaite vous revoir, ou alors il ne veut pas vous revoir pour telle ou telle raison. Ça évite la peur de la non-réponse et la difficulté de dire non.
Confiance et accompagnement
— Comment rassurez-vous sur le risque d'arnaque ou de faux profils ?
Les gens ont déjà connu énormément d'arnaques sur les applications. Nous, on enlève cette appréhension parce que toutes les personnes qu'on propose, on les a rencontrées, c'est obligatoire. Personne n'entre dans notre base de données sans avoir été rencontré.
Pour les contrats de douze mois, notre engagement, c'est de proposer au moins un rendez-vous qui corresponde aux trois critères prioritaires du client dans les six premiers mois ; sinon, il peut demander le remboursement intégral. Nous sommes une entreprise française, immatriculée à Chartres. Après, sur la personnalité des gens, on n'est pas psychologues : on ne peut pas garantir contre les manipulateurs, c'est aux gens de faire leur choix.
— Qui sont vos clients et quel profil recherchez-vous chez vos agents ?
La majorité de nos clients, c'est des gens qui ne savent plus vers qui se tourner. Les applications ne marchent pas, les speed dating non plus, les agences matrimoniales sont chères. J'ai eu le cas d'un client veuf depuis deux ou trois ans : il retrouve les mêmes amis depuis 40 ans, il ne rencontre pas de nouvelles personnes dans ce cercle, et refaire un rendez-vous, c'est compliqué, il doute de sa capacité à le faire. Notre rôle, c'est de l'accompagner et de lui redonner confiance.
Pour nos agents, on recherche avant tout une capacité d'écoute active, quelqu'un qui écoute plutôt qu'il ne parle. On demande aussi le tutoiement, car on parle de choses personnelles et intimes, et on va loin. Il faut savoir s'investir sans prendre la détresse des gens.




