Clémence DEBACK travaille chez Dev’up Centre Val de Loire, l'agence de développement économique de la région qui édite notamment le portail LaTransitionPME.fr qui vise à mettre en relation les entreprises demandeuses et offreuses de solutions de transition écologique.
Chargée des questions de transition écologique, elle accompagne les entreprises du territoire dans leurs démarches — pas en tant que consultante RSE, mais en tant que pivot entre les acteurs, les financements et les expertises disponibles. Elle nous parle du portail de la transition, un outil né d'un besoin collectif très concret.
Dev’UP Centre Val de Loire : de quoi parle-t-on ?
— Pouvez-vous nous présenter Dev’up Centre Val de Loire et votre rôle au sein de l'agence ?
Dev’up Centre Val de Loire, c'est l'agence de développement économique de la région Centre-Val de Loire. Notre mission principale, est l'accompagnement des entreprises situées sur le territoire ou qui s'y implantent. Ce soutien couvre plusieurs volets : l'export, l'innovation, l’accès au financement, la transition écologique, la transition numérique... On a vraiment des entrées très différentes selon les besoins des entreprises.
On a aussi une mission d'animation de l'écosystème de soutien au développement économique — que ce soit les développeurs économiques ou les têtes de réseau. À ce titre, j'anime un comité spécialisé, le Comité TESS, dédié aux transitions écologiques, sociales et solidaires, co-présidé par la Région Centre-Val de Loire, le MEDEF, la CRESS et la CMA.J'interviens également auprès de l'Université des Développeurs Economiques pour faire monter en compétences les équipes territoriales de soutien au développement économique qui interviennent auprès des entreprises régionales sur les questions de décarbonation.
— Concrètement, comment se passe l'accompagnement d'une entreprise sur le numérique, par exemple ?
Prenons une PME qui se pose des questions sur la digitalisation de ses pratiques. Elle peut être accompagnée par Dev’up — d'autant que nous sommes appuyés par des programmes européens. Ma collègue Isabelle va se rendre dans l'entreprise, réaliser un diagnostic de maturité numérique, et en fonction des résultats, orienter vers les bons interlocuteurs : cybersécurité, usages de l'IA, digitalisation des processus, réflexion sur un ERP… et veiller à la mise en place d’un parcours d'accompagnement dédié.
On n'est pas des consultants, mais on a clairement un rôle de soutien. Et surtout, on est à la croisée des chemins de l'écosystème. C'est notre vraie en fonction des besoins et enjeux de l’a entreprise, selon sa maturité et sa capacité de financement.
Le portail de la transition : né d'un besoin de terrain
— Comment est né le portail de la transition écologique ?
Le départ, c'est très simple : dans le cadre d’un Comité TESS, nous étions tous autour de la table et nous nous sommes dit que nous avions chacun une dizaine de noms d'offreurs de solution qu'on conseillait aux entreprises accompagnées quand il le fallait. L'idée est venue de se partager ces données, cette connaissance — et même d’en faire profiterdirectement tous les développeurs économiques et les entreprises du territoire.
Au départ, le portail, c'est vraiment un annuaire. Une cartographie de toutes les compétences techniques qui existent en région Centre-Val de Loire. Avec une idée forte : mettre en relation les entreprises régionales, avec des offreurs de solutionde la région pour leur démarche de transition. Cela offre à la fois plus de visibilité pour ces prestataires, et plus d'accessibilité pour les entreprises engagées.
Aujourd'hui, le portail référence 70 entreprises capables d'accompagner sur un ou plusieurs sujets de transition écologique. Et nous, on peut dire aux PME qui nous sollicitent : voilà les experts techniques disponibles — on ne peut pas en recommander un en particulier, on a un devoir de neutralité, mais ils existent et ils sont là.
Contrainte ou opportunité ? Ce que pensent vraiment les dirigeants de la transition écologique
— Quand vous échangez avec des décideurs, comment perçoivent-ils la transition écologique — comme une contrainte ou comme une opportunité ?
En fait, cette réflexion arrive dans un second temps. Ce qui mobilise d'abord les chefs d'entreprise, c'est quelque chose de très opérationnel : ma facture énergétique est trop élevée, je consomme trop d'eau, mon coût matière explose à cause des emballages, ma part mobilité dans mon bilan carbone est énorme... C'est ce questionnement très concret qui les amène à se demander ce qu'ils peuvent faire.
Et c'est nous, dans l'accompagnement, qui leur disons : en fait, ce que vous êtes en train de faire, c'est de la transition écologique. Je ne connais pas de chef d'entreprise qui se lève le matin en disant « tiens, je vais faire la transition écologique ». Il se dit : comment je réduis mes charges, comment j'optimise ma consommation de matière, comment je rends mon entreprise plus attractive pour mes salariés ? Et la transition écologique a dans sa boîte à outils de nombreux leviers pour répondre à exactement ces questions.
— Et la contrainte réglementaire, n'est-elle pas un moteur suffisant ?
Elle existe, évidemment, et il faut la respecter. Mais si l'entreprise ne voit que ça, elle fait fausse route. Parce que la réglementation va évoluer. Notre travail, c'est de leur rappeler : se mettre dans une démarche proactive vous permet non seulement d'anticiper ces contraintes, mais d'aller au-delà — et peut-être même de les transformer en opportunité.
— Avez-vous un exemple concret d'entreprise accompagnée avec des résultats visibles ?
Oui, le groupe Triamétal — une chaudronnerie du Loiret. Le point de départ, c'était une machine de découpe laser. Ils voulaient investir dans un nouvel équipement pour développer leur offre de service. Et à partir de là, on a travaillé avec la dirigeante pour en faire un vrai projet de transition écologique.
Comment ? En partant d'un problème opérationnel — changer de machine pour accroître l'activité — elle a poussé la réflexion : comment choisir une machine plus économe en matière et en découpe ? Comment produire l'azote nécessaire à l'opération directement sur place, plutôt que de le faire venir de loin ? Comment en faire un argument commercial ? Comment mobiliser les salariés sur l'impact de leurs consommations énergétiques ? D'un simple changement de machine, elle a construit une vraie démarche. Et l'entreprise a en plus bénéficié d'un soutien financier de la Région Centre-Val de Loire.
— Si vous pouviez faire passer un seul message aux entreprises de la région, lequel serait-il ?
Que la compétence existe ici, en région — à la fois pour la réflexion, pour la technique, pour le financement, et pour l'humain. La transition écologique n'est pas réservée à des experts venus d'ailleurs. C'est quelque chose d'hyper concret et d'hyper local.
Aujourd'hui, en Centre-Val de Loire, on a des offreurs de solutions experts pour accompagner les entreprises sur des sujets aussi variés qu'animer une fresque du climat, réaliser un audit RSE, travailler sur la géothermie, dépolluer des eaux ou traquer les fuites dans les machines. Des choses très précises et très techniques. Les entreprises ne sont pas seules face à ces enjeux. Et parce qu'elles ont compris que c'est une opportunité, elles peuvent vraiment se lancer en toute confiance.




