Le projet d’aménagement cyclable de l’avenue Dauphine fait l’objet d’une concertation publique depuis plusieurs mois. Une première réunion avait posé deux hypothèses sur la table, chacune révélatrice des tensions entre mobilité douce, accessibilité automobile et attentes des commerçants.
Deux premières options très débattues
L’hypothèse 1 proposait de maintenir le double sens de circulation, tout en élargissant les trottoirs et en créant une piste cyclable unilatérale. Pour y parvenir, environ 50 % des places de stationnement devaient être supprimées (88 conservées sur 180). Un compromis qui avait séduit certains acteurs, dont l’enseigne Auchan, soucieuse de préserver l’accessibilité de ses clients.
L’hypothèse 2 allait plus loin dans la priorité donnée aux cyclistes : un passage en sens unique sud-nord pour les véhicules, une piste cyclable bidirectionnelle et un stationnement réduit à une seule file. Cette version, clairement orientée vers la sécurité et le confort des déplacements à vélo, soulevait néanmoins de vives inquiétudes chez les riverains, attachés à la disponibilité des places, et chez les commerçants, inquiets pour leur attractivité.
Une troisième voie adoptée
La seconde réunion publique, tenue hier au gymnase de la Cigogne, a fait émerger une troisième option. Celle-ci contourne l’avenue Dauphine en créant une bande cyclable rue Saint-Marceau, doublée d’un aménagement de la place de la Bascule, afin de permettre aux cyclistes de rejoindre le pont Georges V, et probablement un aménagement sur la place St Marceau.
C’est cette solution que le maire a décidé de retenir. Moins coûteuse, peu contestée, elle offre une réponse immédiate aux tensions locales sans froisser les sensibilités. Un choix assumé comme pragmatique, qui laisse la porte ouverte à des évolutions futures. C’est son principal avantage.
Un compromis sans transformation
Si cette décision a le mérite de calmer les esprits, elle ne manque pas de faiblesses.
La principale : le détour imposé aux cyclistes d’environ 200 mètres, loin de la ligne de désir naturelle. Rien ne dit que les usagers du vélo accepteront cette déviation. Même si une priorité de passage sur les quais pourrait compenser ce détour, cela reste incertain.
Autre limite : le manque de vision à long terme. Le message envoyé semble flou. Alors que les discours publics louent les vertus d’un centre-ville apaisé, moins automobile et plus agréable à vivre, l’avenue Dauphine restera identique : autant de voitures, autant de circulation, autant de stationnements. Le décor ne bouge pas. Les cyclistes sont priés d’aller pédaler un peu plus loin.
Cette absence de transformation interroge sur la capacité de la ville à prendre des décisions marquantes en faveur de la mobilité douce. En l’état, il s’agit de notre point de vue, davantage d’un non-choix que d’une stratégie affirmée.
Une étape transitoire ?
Gageons que les pratiques évolueront dans la décennie à venir. La question de l’avenue Dauphine reviendra sans doute sur le devant de la scène. Et peut-être, à ce moment-là, les débats seront moins tendus, les habitudes plus souples, et l’idée d’une piste cyclable structurante trouvera enfin sa place.



